
Durant l’année 2009, nous fêtons le centenaire de la naissance de la philosophe Simone Weil, née le 3 février 1909 à Paris et décédée le 24 août 1943 en Angleterre.
Simone Weil a écrit des chefs d’œuvre de la pensée, véritable nourriture pour l’esprit, comme l’ont reconnu d’éminents personnages. Tout d’abord, son professeur de philosophie, Alain, a salué la rareté de son esprit. L’écrivain Albert Camus admirait ce penseur qu’il jugeait être le plus brillant du XXème siècle. Il considérait qu’un projet de construction de l’Europe ne pouvait ignorer la pensée de Simone Weil.
De nombreux articles de presse ont été récemment publiés, des films, des pièces de théâtre ont été réalisés sur la vie et l’œuvre de Simone Weil. Pour Simone Weil, être philosophe, c’est être actif dans le monde. C’est relier la pensée et l’action. La philosophie est une recherche quotidienne incessante qui suppose une véritable transformation dans l’orientation de l’âme. La vraie vie est celle de l’esprit et chaque fois que l’âme se tourne vers le paraître, l’illusoire, le superflu, elle s’égare de son chemin de lumière ascendant. Simone Weil a mis la philosophie en pratique de toutes ses forces.
Elle l’a d’abord enseignée en voulant éveiller ses élèves. Elle a ensuite réalisé un vœu très cher : celui d’entrer à l’usine et d’épouser la condition ouvrière, afin de mieux la comprendre. De santé très fragile, elle parviendra, malgré tout, à tenir des cadences de travail importantes. Elle sera le témoin des conditions de travail dans les usines des années 30. Dans son ouvrage : Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale », elle ouvre la voie au thème central de toute son œuvre : la nécessité de développer une civilisation constituée par une spiritualité au travail. Pour Simone Weil, « la disqualification du travail est la fin de la civilisation ».
Elle est persuadée que le travail qualifié, c’est-à-dire réalisé en conscience est un élément libérateur pour l’homme de nos sociétés. Elle plaide pour qu’un lien conscient s’instaure entre la pensée et l’action. Elle veut donner au travail manuel toute la place et la dignité qu’il mérite. Toute action devient « un pont vers Dieu ». Travailler avec amour, c’est insuffler en toutes choses façonnées, un zéphyr de notre esprit. Ainsi, peut se réaliser l’enracinement de l’homme dans l’univers, alors que l’être humain sur toute la planète est déraciné par tant de matérialisme. De plus, le travail est collectif, car il est accompli en commun, et permet l’éclosion d’un idéal social fondé sur les valeurs de solidarité et de fraternité. Ce thème de la valeur essentielle et spirituelle du travail sera également au centre de L’Enracinement, sa dernière œuvre rédigée en 1943, alors qu’elle était à Londres auprès des Forces Françaises Libres du Général De Gaulle.
Elle avait alors à cœur d’écrire les fondements vitaux, spirituels et moraux, qui pourraient être utiles à la reconstruction de la France. « Il est facile de définir la place que doit occuper le travail physique dans une vie sociale bien ordonnée. Il doit en être le centre spirituel. » L’Enracinement. « Toute sa vie fut une illustration de cette parole de Goethe : agir est aisé, penser est malaisé, conformer l’action à la pensée est la chose la plus difficile. Elle n’avait pas peur des choses difficiles, et ne savait pas qu’elle les accomplissait. » Témoignage d’Anne Reynaud, qui fut son élève au lycée de Roanne.
« J’ai une espèce de certitude intérieure croissante qu’il se trouve en moi un dépôt d’or pur qui est à transmettre. » Simone Weil, Autobiographie spirituelle.
Louisette Badie, conférencière, auteur d’un ouvrage : « Simone Weil (1909-1943), philosophe de l’absolu.
Editions Nouvelle Acropole. Auteur de l’exposition pédagogique : Simone Weil (1909-1943)