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Se dépasser, la seule course qui ne finit jamais ! Tennis : le match surréaliste Isner/Mahut !

Les journées du 22, 23, 24 juin 2010 sont entrées dans l’histoire du tennis ! Sur le court n°18 de Wimbledon, un match surréaliste a eu lieu : 2 joueurs, le français Nicolas Mahut et l’américain John Isner, ont joué un match d’une durée exceptionnelle de 11h05 et réparti sur 3 jours avec un score incroyable de 6-4, 3-6, 6-7 (7/9), 7-6, (7/3), 70-68 en faveur de l’américain. Ces joueurs ont prouvé que l’impossible peut devenir possible !
L’échange : un moyen de se rencontrer et de rencontrer l’autre…
Sur le terrain, les 2 joueurs auront échangé bien plus que des balles !... Ils auront échangé et partagé une page de l’histoire. D’ailleurs l’échange, n’est-il pas le propre du tennis et de tout sport de filet ?
L’échange permet à tous les joueurs de percevoir ses propres qualités et défauts relationnels. C’est une rencontre avec soi ! Il existe un très grand nombre de types de jeu en sports de raquette (serveur, volleyeur, puncheur, finesse, défenseur, tacticien, jeu en contre…). Ces formes de jeu sont caractéristiques d’un comportement de notre individualité vis-à-vis des autres.
Une fois que l’on se connaît, on sait ce que l’on peut offrir, et l’ouverture face à un inconnu devient possible :
« On ne se connaissait pas bien, on a appris à se connaître pendant trois jours. » a déclaré Nicolas Mahut.
Puis dans l’échange nous découvrons qui est cet inconnu :
« Ce mec est un guerrier. Aujourd'hui quelqu'un devait perdre, avoir partagé ça avec lui est un honneur » déclare John Isner.
« John a servi de façon incroyable, c'est un champion, on a joué le plus grand match de tous les temps dans le meilleur endroit possible, c'était un honneur » témoigne Nicolas Mahut.
Dans cette découverte de la vérité de l’autre à travers l’échange, comme le témoigne ces 2 joueurs par le mot « honneur », un ressenti de remerciement et de gratitude mutuelle nait.

La maîtrise de soi, fruit de la lucidité…
Régulièrement, il arrive aussi qu’un certain type de jeu adverse nous met en difficulté. Il est connu que de très bons joueurs ont souvent des difficultés face à un joueur précis. Qui n’est pas passé dans une forme d’agressivité ou de sentiment d’incapacité lorsque l’on ne marque pas un seul point devant sa « bête noire » ? « Oh non je rencontre Jean-Marc au premier tour ! »
Seulement, dans ce match, John Isner et Nicolas Mahut n’ont en aucun moment montré des signes d’incapacité. Et bien au contraire… En cherchant à se maîtriser nos deux tennismen ont acquis une lucidité dans leur jeu perçue surtout dans leurs jeux au service : sur 183 jeux au total seuls 3 ont été breakés !... (Un break est un jeu gagné lorsque l’adversaire est au service)
En nous maîtrisant, nous offrons un jeu plus agréable pour notre adversaire et pour soi. Nous nous permettons de sortir de cette fatalité : sentiment d’incapacité - agressivité en soi – fautes directes – défaite – vision d’une bête noire. En nous maîtrisant nous ne subissons plus nos mauvais états d’âme.
« Je me sentais de plus en plus fort, j'avais l'impression de jouer le meilleur tennis de ma carrière. Mentalement, j'étais vraiment fort, je prenais l'énergie de tout le monde. J'avais l'impression de ne jamais m'arrêter, de contrôler mes jeux de service. » Déclaration de Nicolas Mahut sur son ressenti lors du match.
« Quand vous jouez un match comme ça, avec une atmosphère comme ça, on ne se sent pas réellement fatigué » Commente John Isner.
De la maîtrise de soi vers la combativité…
Passée cette maitrise de soi, le but a été de réussir à ne pas subir le jeu et le rythme de l’adversaire. La combativité est incontestablement la force qui rend le joueur invulnérable dans l’échange. « Où vais-je trouver cette combativité » se dit le futur Rafael Nadal… La combativité est justement le fruit issu de la transformation de l’agressivité (et sa vision d’incapacité) par la maîtrise de soi. Elle apporte une détermination à remporter la victoire par une omniprésence sur le terrain et par la quête de coups gagnants (renvoi de la balle sans que l’adversaire ne parvienne à la toucher).
La combativité est la marque de tous les champions. Et ceux-ci utilisent cette qualité surtout dans les points les plus importants. Un grand joueur en tennis sait quand est-ce qu’il faut utiliser cette force mentale pour maîtriser l’échange et basculer le match en sa faveur.
Arnaud Di Pasquale, tennisman français, interrogé par L'Equipe commente cette combativité qu’il a perçu chez ces 2 joueurs : « J'ai vécu ce match comme une démonstration de valeurs de combativité et d’abnégation par deux joueurs aussi courageux l’un que l’autre. Isner n’avait plus de jambes, il tenait à peine debout et pourtant il sortait des coups incroyables, preuve qu’il a un mental hors normes. Nico, lui, était dans sa bulle. Il jouait tous les points de la même manière, sans calcul, sans penser à la suite. Voir deux joueurs prendre autant de risques au service et ne même pas servir deux doubles fautes d’affilée malgré la fatigue, c’est proprement hallucinant. Le niveau de jeu était extraordinaire. »
Comme le témoigne Nicolas Mahut, la combativité permet à tous les joueurs, qui que se soit, de se dépasser et d’aller au-delà de nos limites :
« Je pense que j'ai réussi à dépasser certaines limites. On est tous pareil, on a parfois le sentiment d'être arrivé au bout. Finalement, je me suis aperçu qu'on pouvait aller encore beaucoup plus loin. J'aurais pu aller encore beaucoup plus loin. Le mental a pris le dessus. Je me suis rendu compte qu'on pouvait aller au-delà des douleurs, de la fatigue. »
Les records du monde établis pendant ce match…
Record du match le plus long en temps : 11h05
Record du match le plus long en jeux : 183 jeux
Record du nombre d'aces dans un match : 112 pour Isner. Mahut suit avec 103.
Record du set le plus long : 8h11 et 138 jeux (59-59) avant la 2e interruption
Je terminerai cet article sur une citation sportive correspondant bien à l’état d’esprit de ces deux tennismen :
« Se dépasser, la seul course qui ne finit jamais ! »
Alors jeu set et match… Et à bientôt sur les terrains de sports pour tester ces qualités !
William Graverand