
Qui n’a jamais entendu parler de Robin des Bois, personnage légendaire voire emblématique du royaume d’Angleterre ? En revanche qui connait Robin Longstride, simple archer dans l’armée du roi Richard Cœur de Lion ? Car, c’est l’histoire de ce dernier que Ridley Scott a choisi de mettre en scène en nous faisant vivre le parcours qui amena Robin Longstride à devenir Robin des Bois. Ce film nous propose ainsi un point de vue nouveau et original sur cette célèbre histoire.
Le film débute, non pas au cœur de la forêt de Sherwood comme on aurait pu l’imaginer, mais au pied du château de Chalus au cœur de la France. Robin est alors archer dans l’armée du roi Richard Cœur de Lion qui est sur le chemin du retour vers l’Angleterre après 10 années de croisade. Avec des troupes épuisées et démunies, le souverain anglais se trouve contraint de faire le siège du château français dans le but de remplir ses coffres et subvenir aux besoins de ses hommes. C’est dans cette dernière bataille qu’il sera mortellement blessé. Apprenant cette nouvelle, Robin et quelques uns de ses compagnons décident de rentrer en Angleterre par leurs propres moyens. Sur le chemin du retour, un concours de circonstances va pousser Robin à prendre l’identité du noble Robin de Loxley et à accepter la mission de ramener l’épée de ce dernier à son père Sir Walter propriétaire d’un domaine près de Nottingham. Ceci l’amènera à rencontrer la veuve de Robin de Loxley, Lady Marianne.
Nous avons aimé suivre le parcours évolutif de Robin de cette façon inattendue. D’entrée nous avons pu apprécier ses qualités de courage, d’habileté et de franchise. Mais, s’iI se montre capable de risquer sa vie pour ses compagnons d’arme, il manque néanmoins de réflexion, de finesse et d’aspiration élevée. Il est surtout préoccupé par son avenir personnel, c’est-à-dire comment il va sauver sa peau.
Ce film a le mérite de montrer que le moteur évolutif de Robin sera la remise en question et une quête sincère de vérité. Son questionnement sur le sens de ce qui lui arrive va réveiller peu à peu les nobles aspirations de son cœur, endormies depuis un traumatisme subit dans son enfance. Il commencera alors à retrouver l’idéal auquel il a envie de vouer sa vie.
Mais toutefois, si nous l’avons vu se battre pour cet idéal en jouant un rôle de leader charismatique, nous sommes cependant restés sur notre faim. En effet, il nous semblait évident qu’à aucun moment ce Robin, campé par Russell Crowe, ne donne la pleine mesure de ses capacités. Et pour quelle raison ? Parce qu’il ne rencontre pas une adversité suffisamment rude et intense pour le pousser à sortir de sa zone de confort et à se dépasser autant qu’on aurait aimé. Nous avons eu la nette impression que la puissance qui émane de l’acteur néo-zélandais ne se déploie qu’à moitié. Il lui aurait fallu se confronter à un méchant qui fasse le poids Hors, si le Prince Jean (Oscar Isaac) apparaît fourbe et dégénéré à souhait, Godefroy (Marc Strong), son sbire, manque de crédibilité dans le rôle du mal incarné.
En revanche nous avons été très touchés par deux personnages : celui de Marianne (Cate Blanchett),lumineuse, digne et héroïque face aux nombreuses épreuves qu’elle rencontre. Elle incarne un modèle de femme qu’on aimerait voir plus souvent au cinéma ; et celui de Sir Walter Loxley (Max Von Sydow), un vrai sage, bienveillant, plein d’humour et courageux. Malgré sa cécité il offre aux autres la clairvoyance d’un homme qui ne se préoccupe plus de lui-même.
Tout au long du film, le réalisateur nous offre des images à la fois belles et réalistes. Qu’il s’agisse de scène de combats, de paysages ou de relations humaines, c’est un véritable bonheur visuel ! Cependant, il manque à ce film un véritable souffle épique dû au fait qu’il retrace davantage l’histoire d’un héros en devenir au lieu d’un héros qui se transcende et se révèle pleinement.
Véronique Agranier et John Elstob