Accueil du site Magazine Sports Le futur du basket-ball : économique ou éthique ?

Le championnat du monde de basket-ball de 2010, se déroulant en Turquie, vient de se terminer le 12 septembre. Les joueurs des Etats-Unis ont soulevé la coupe en devenant champion du monde grâce à leur victoire face à la Turquie (81 à 64).
 

Kevin Durant, joueur américain a été le moteur clé de son équipe avec ses statistiques exceptionnelles (22,8 points de moyenne par match). Ce jeune basketteur de 21 ans n’a pas seulement montré ses qualités sportives, il s’est aussi différencié par son style de jeu qui se démarque de toute arrogance caricaturale des joueurs américains « classiques ». Sobre et humble, Kevin Durant ne jouait pas pour briller ou pour « faire le show à l’américaine », il jouait pour se dépasser et emmener ses partenaires vers la victoire.
 

Ces championnats du monde se sont également distingués par l’absence de grands joueurs : T. Parker (France), D. Nowitzki (Allemagne), P. Gasol (Espagne), M. Ginobili (Argentine)… Un nombre incroyable de très bons joueurs étaient absents, leur point commun : ils évoluent tous en NBA (ligue professionnel de Basket-ball américaine) ! Certains étaient blessés, mais la plupart n’ont pas participé à cette compétition mondiale pour cause de « récupération physique » ou de renégociation contractuelle avec un club de NBA. David Stern, patron de la NBA, déclare que « la NBA encourage ses joueurs à y représenter leur pays », mais pourtant dans les faits elle les préserve. Existe-t-il un seul sport, autre que le basket, où les meilleurs joueurs mondiaux en bonne santé ne participent pas à des compétitions internationales ? Non ! Alors pourquoi tant d’absences ?
 

Depuis une quinzaine d’années, le niveau de jeu mondial de basket-ball s’est considérablement amélioré et est devenu égal à celui pratiqué aux Etats-Unis. Parallèlement, il y a eu une chute d’audience (et donc chute économique) de la part de la NBA. Celle-ci a alors vu le vieux continent et la Chine comme des nouvelles parts de marché à conquérir pour révolutionner l’économie de la NBA. « La grande différence avec les fédérations de sport, c’est que nous sommes une entreprise commerciale. Moi, je rends des comptes à mes actionnaires. » Comme le dit si bien David Stern. Son ambition a toujours été de faire de la NBA « un global game », un marché mondial de basket. « Le modèle du futur, c’est le nôtre » ose-t-il affirmer !
 

L’américanisation de l’Europe et de la Chine, (sur le plan du basket-ball évidemment, quoi que le sport soit souvent un témoin des effets d’un changement global…) se réalise progressivement depuis quelques années. Tout d’abord, de plus en plus de pays ont diffusé les matchs de NBA. Puis des matchs d’exhibition entre 2 équipes NBA (ou 1 équipe NBA contre 1 une équipe locale) ont eu lieu en Europe et en Asie. Pour la première fois, Londres accueillera une rencontre officielle entre 2 équipes NBA au mois de mars 2011. Et le plus incroyable a été la création de la NBA China (ligue de basket-ball chinoise) qui est chapeauté par la ligue américaine. Une même ligue NBA est envisagée depuis 2002 en Europe où Paris aurait déjà une équipe. Celle-ci s’appellerait même le Paris Light, joli nom américain !
 

Mais le coup le plus rusé a été d’incorporer des joueurs étrangers à la NBA. Ce n’est pas pour des raisons sportives comme pourraient le croire certains mais pour des raisons financières. Un joueur étranger évoluant en Amérique du nord est un véritable ambassadeur, un « évangéliste » de la NBA dans son pays. Il devient un cheval de Troie pour implanter dans un pays un rendement économique lié à la NBA. Ceci se caractérise par une augmentation considérable des droits de retransmission télévisuelle, du marketing des maillots et des licences diverses de l'image du joueur. Ainsi la NBA cherche à conserver l’exclusivité de la pratique de jeu des meilleurs joueurs mondiaux. L’absence de ces joueurs aux championnats du monde confirme bel et bien que la NBA devient plus importante que les compétitions internationales. Que l’économie sportive devient plus importante que l’éthique sportive !
 

Cependant, le dépassement de soi et le véritable sport vertueux n’ont pas dit leur dernier mot comme l’a démontré Kevin Durant, joueur américain ! Tous les passionnés de basket-ball sont émerveillés par son jeu et par l’homme humble qu’il est. Il incarne un nouveau modèle de sportif nécessaire à un futur noble pour le sport où tout est possible. 
 

La NBA, comme son homologue le football en Europe, a besoin de retrouver une éthique dans son sport, de retrouver les valeurs fondamentales qu’apporte la pratique sportive et qui sont l’héroïsme, le goût de l’effort, l’humilité, la quête de la victoire avec moralité, le fair-play… Et ce sont de beaux modèles qui apporteront cette révolution vertueuse dans le sport. Si beaucoup de bons joueurs sont ambassadeurs de la NBA dans leurs pays, d’autres, comme Kevin Durant, sont les ambassadeurs d’un sport vertueux tel que doit être tout véritable modèle sportif.
 

« Je veux pousser au maximum mes coéquipiers, je les complimente tous et j’essaie d’être un bon coéquipier. »
« Il existe une réelle alchimie entre nous »
« Peu importe le nombre de points que je marque, peu importe le nombre de rebonds que je prends, je veux gagner le titre. Je pourrais même être au bout du banc ou une cheerleader, la seule chose qui m’importe, c’est de gagner un titre ».
Kevin Durant
 

Il est certain que dans le futur les basketteurs en herbes verront leur choix de modèles se caricaturer d’avantage : un joueur de basket arrogant, assurant le spectacle, riche et individualiste ou un joueur sobre, moral, cherchant le dépassement de soi et l’esprit d’équipe.
 

Et vous, aujourd’hui, quel est votre modèle sportif et vertueux ?

 

Willliam Graverand