
En allant voir le Choc des Titans, nous étions impatients et curieux de découvrir comment le mythe de Persée, un des piliers de la mythologie grecque, y serait mis en scène. Malheureusement après le film, nous étions extrêmement déçus du sort qui a été réservé à une telle histoire…
Le début du film nous ramène dans une Grèce antique où règne le chaos. L’Olympe est divisé et une guerre commence à faire rage entre les dieux et les hommes. Persée (Sam Worthington), un orphelin, voit sa famille adoptive massacrée par la fureur d’Hadès. A partir de ce moment là, il n’aura plus qu’une idée en tête, se venger du dieu des Enfers…
De notre point de vue, le mythe originel non seulement n’est pas respecté mais complètement traîné dans la boue.
Par exemple, dans le mythe, lorsque Persée accomplit la première partie de sa mission, à savoir trancher la tête de la gorgone Méduse, il permet la naissance de Pégase, le célèbre cheval blanc ailé, aussi rapide que le vent. Ce dernier représente de nouvelles forces libérées grâce au combat et à la victoire du héros. Or dans le film, Persée non seulement rencontre Pégase avant de vaincre la gorgone, mais en plus ce cheval ailé n’est pas blanc, la couleur de la pureté, mais noir.
Dans le mythe, Persée, guidé par Athéna, la déesse de la Sagesse, est au service des dieux pour un but qui dépasse le cadre de sa propre existence. Alors que dans le film Persée se trouve protégé par Io, un personnage n’appartenant pas à cette histoire. Il manifeste un rejet total des dieux, et donc de sa propre dimension divine, puisqu’il est un demi-dieu. Et pour couronner le tout, il en demeure focalisé sur un but très personnel.
Si, dans le Choc des Titans, Persée sauve bien la princesse Andromède sur le point d’être dévorée par le Kraken, il refuse la proposition de cette dernière de régner à ses côtés. Au lieu de jouer le rôle de leader auquel ses victoires le destinaient, il préfère retourner vers son passé. C’est un comble !
De plus, Persée, l’un des plus grands héros de la mythologie grecque, se trouve représenté par un personnage ne faisant quasiment preuve d’aucune des qualités propres aux héros. Dans ce film, s’il apparaît comme un demi-dieu, il est totalement dépourvu de sagesse. Mais il n’a presque besoin d’aucun entraînement, ni de remise en question pour aller affronter les monstres les plus redoutables. C’est ainsi que, face au Kraken, le gigantesque et terrifiant monstre marin crée par le dieu des Enfers lui-même, Hadès, il remporte la victoire sans avoir eu à livrer de véritable combat !
Pour un soi disant héros, nous avons trouvé qu’il ne vivait aucune transcendance. Durant presque tout le film sa principale source de motivation reste son désir de venger la mort de sa famille adoptive tuée par Hadès. Il n’y a rien de d’inspirant là dedans !
Au contraire, ce qui nous enflamme et ce que nous aimons dans un film héroïque, c’est le dépassement vécu par le héros. Face à une épreuve paraissant insurmontable, on le voit s’entraîner et se remettre en question. On le voit faire face à ses doutes et malgré ceux-ci, trouver le courage d’aller chercher au plus profond de lui les forces lui permettant d’accomplir sa mission jusqu’au bout. C’est ce genre de comportement qui fait écho en nous et nous motive à faire des efforts à notre tour, afin de nous améliorer au quotidien et de trouver de beaux projets pour lesquels on a envie de se dépasser.
Dans ce film, la seule, unique et minuscule chose qui nous ait touchés est le courage des compagnons d’arme de Persée. En effet, ils le soutiennent quoi qu’il arrive, ils font face à leurs peurs et sont prêts à se sacrifier pour un but qui dépasse leur vie personnelle. Nous trouvons que ce sont eux les seuls héros de cette histoire. Certes, Persée les stimule et sait réveiller leur vaillance dans un moment difficile, mais de notre point de vue, ses encouragements manquent sérieusement de chaleur humaine et de charisme. Le personnage joué par Sam Worthington reste monolithique et nous laisse de marbre.
Au final, on a l’impression que le réalisateur s’est fait plaisir en cherchant à impressionner le spectateur avec ses effets spéciaux alors qu’il ne fait que casser ce qui fait la magie et la profondeur de la mythologie grecque. Par exemple, un film comme « Jason et les Argonautes » datant de 1963 suscitait davantage d’émerveillement.
Dans ce Choc des Titans, le seul choc de taille vient du fait qu’il détruit le mythe de Persée !
Véronique Agranier et John Elstob