Accueil du site Magazine Cinéma DVD La Tête en Friche : une ouverture à une nouvelle dimension de soi.

Après une suite de films d’action à gros budget mais parfois à grosse déceptions, en provenance des célèbres studios hollywoodiens, je ressentais une nécessité de changer d’ambiance et de rythme.

 


J’en avais un peu assez des effets spéciaux à crever l’écran qui, à mes yeux, deviennent davantage un moyen pour attirer les spectateurs plutôt qu’un outil permettant de donner plus d’envergure à un éventuel message de valeur. J’étais en quête de profondeur, de naturel et de simplicité. C’est ce qui m’a motivé, après la lecture du synopsis, à aller voir La Tête en Friche de Jean Becker d’après le livre de Marie Sabine Roger.

 


C’est l’histoire d’une rencontre surprenante entre Germain (Gérard Depardieu), un homme de 45 ans qui sait à peine lire et écrire et Margueritte (Gisèle Casadesus), une dame sage de 95 ans passionnée de livres et de lecture. Germain a vécu une enfance difficile. Sa mère s’était retrouvée enceinte après une histoire sans lendemain et ne voulait pas de lui. Pour elle, il faisait tache dans sa vie. Son maître d’école l’a totalement méprisé, l’humiliant souvent devant toute la classe en le traitant de bon à rien. Il se trouve dans la peau de quelqu’un n’ayant aucune conscience de sa valeur et manquant confiance en lui. Dans son quotidien, il navigue entre ses petits boulots, son potager, sa relation avec sa jeune compagne Annette (Sophie Guillemin) et ses échangés très limités avec ses copains du bistrot qui le prennent pour le bon gars un peu simplet.

 


La vie de Germain bascule dans une autre dimension lorsqu’un jour à midi, en mangeant son casse croûte habituel dans le parc d’une petite ville charentaise, il se retrouve côte à côte avec Marguerite sur le même banc. Elle est touchée par l’attention que Germain apporte aux pigeons. Il lui explique alors les noms qu’il leur a donnés. C’est le début d’une histoire d’amitié qui va grandir et s’enrichir de jour en jour.

 


Marguerite a une présence à la fois sage et émerveillée face à la vie. Ce n’est pas ce qu’elle dit qui m’a le plus touché mais plutôt sa disponibilité à écouter et à entendre Germain. Même si elle perd petit à petit la vue, son regard voit loin. Elle perçoit au-delà des difficultés et des faiblesses de son ami, tout le bien et les qualités dont il est porteur. En partageant son amour de la lecture et de la littérature, Margueritte donne à Germain l’attention d’une mère authentique et l’encouragement d’un vrai éducateur, choses qu’il n’avait jamais reçues en tant qu’enfant. Progressivement, elle l’aide à prendre conscience de sa valeur, à se respecter davantage et à approfondir sa réflexion.

 


Je pense que le personnage de Germain représente bien une caricature de l’état d’être de beaucoup de gens dans notre société actuelle. Nous sommes prisonniers d’un rôle que nous jouons, issu de notre éducation, nos conditionnements et croyances. Nous pouvons passer notre vie identifiés à ce rôle en pensant que nous sommes cela et rien d’autre. Nous vivons enfermés, malheureux et frustrés dans des limitations qui nous semblent impossibles à dépasser. En restant dans cet état d’esprit, nous ne pouvons jamais découvrir qui nous sommes vraiment et entrer en contact avec notre vraie nature qui est au-delà de nos conditionnements.

 


Ce que je trouve intéressant dans ce film, c’est de voir Germain franchir la barrière de ses limitations et commencer à s’ouvrir à une nouvelle dimension de lui-même. Il montre que nous pouvons toujours progresser quel que soit notre héritage. Tout reste possible, il n’est jamais trop tard. Dans ce sens, son évolution a le mérite de mettre en valeur les points suivants concernant l’amitié :


- Etre bon et bienveillant n’est ni lié à nos résultats scolaires, ni à nos diplômes obtenus ni à notre statut professionnel, mais davantage à notre capacité à agir en faisant attention à la personne en face, de nous ouvrir à elle et de l’entendre dans sa vérité.
- La douceur et la délicatesse, tout en étant des attributs féminins, ne sont pas réservées aux femmes, pas plus qu’elles ne sont des marques de faiblesse. Ce sont des preuves de qualités humaines demandant du courage et de la vulnérabilité surtout venant de la part d’un homme.
- Etre fort n’est pas la capacité de s’imposer face aux autres mais plutôt celle d’inclure le point de vue d’autrui, de le prendre en considération dans sa façon de s’exprimer et de communiquer afin de le respecter dans son intimité.



Malgré tout, ce que je trouve dommage, c’est que le film aborde ce sujet d’une manière qui reste un peu superficielle. C’est malheureusement bien souvent la faiblesse du cinéma français qui est soit trop intellectuel et désespérant, soit trop sentimental et rêveur. Dans La Tête en Friche, le regard porté sur l’amitié reste à l’état d’ébauche. J’aurais aimé qu’un tel sujet reçoive toute l’envergure et la profondeur que demande, à mes yeux, la construction d’une vraie relation amicale.

 

Pour moi, c’est quelque chose qui se construit dans le temps sur la vulnérabilité, la sincérité, la vigilance et le dépassement des attentes… un vrai parcours d’échange, d’entraînement et d’entraide, un chemin qui mène à la victoire à deux.

 

John Elstob

 

Pour un autre point de vue sur l’amitié voir l’article de Bruno Mairet : « L’amitié en trois livres »