
Une fois de plus, James Cameron nous éblouit avec un film époustouflant et des effets spéciaux révolutionnaires. Grâce à la projection du film en 3D, renforçant le processus d’identification au héros, il nous fait entrer au cœur d’une histoire émouvante, passionnante et porteuse d’un message profond qui nous touche d’autant plus que nous nous retrouvons intimement liés au personnage principal.
C’est donc au travers du regard de Jake Sully, un ancien marine paraplégique, que nous partons pour Pandora, une planète située à quelques années-lumière de la Terre. Recouverte d’une flore luxuriante, son sol recèle un minerai rarissime qui pourrait mettre fin à la crise énergétique à laquelle sont confrontés les habitants de la Terre. Seule ombre au tableau, une tribu d’indigènes, les Na’ vis, a élu domicile sur le principal gisement de ce minerai très convoité par un groupe de chercheurs et de militaires américains stationnés sur Pandora. En effet, son prix est estimé à 20 millions de dollars le kilo. Alors, deux solutions ont été envisagées pour accéder à ce trésor : soit resituer le village de façon diplomatique, soit en expulser les habitants par la force.
Dans l’objectif d’aboutir à une solution diplomatique, les chercheurs ont créé des « avatars », des corps semblables à ceux des indigènes mais pilotés « en esprit » par des êtres humains dans le but d’infiltrer le village des Na ‘vis et de gagner leur confiance. C’est dans la peau de son « avatar » que Jake Sully va entamer sa véritable découverte de la planète Pandora et du peuple des Na’ vis. Ce que nous avons vécu avec le film de James Cameron, c’est la rencontre entre deux mondes que tout semble opposer.
D’un côté, celui des américains, basé sur la victoire à tout prix et soutenu par une technologie de pointe. C’est l’archétype d’un monde masculin à l’extrême. Uniquement motivés par l’aspect matériel des choses, ils ont une grande force mais qui reste brute et trop agressive, prête à tout balayer sur son passage. Ayant quasiment détruit la Terre et sur le point de faire de même sur Pandora, ils sont prisonniers d’une fuite en avant sans fin pour obtenir ce qu’il leur manque. Ils n’ont tiré aucune leçon du passé. On retrouve là une allusion à peine voilée à la guerre déclarée à l’Irak par l’administration Bush dans le but de s’approprier le pétrole des irakiens. Comme l’un des personnages du film le dit ironiquement : « Si quelqu’un à quelque chose que tu veux, fais de lui ton ennemi et vas chercher ce que tu désires ! »
De l’autre côté se trouve le monde des Na’ vis. Leur mode de vie est basé sur une profonde sagesse et le respect des traditions. C’est un monde féminin à l’extrême. Ils vivent à l’écoute de la nature et en harmonie avec elle en se reliant à sa dimension spirituelle. Mais ils restent néanmoins trop tournés vers le passé en voulant conserver leurs acquis à tout prix. Cette attitude les laisse dépourvus lorsqu’ils se retrouvent face à des circonstances totalement nouvelles.
Habitué à des environnements hostiles en tant qu’ex-marine, Jake est sur le qui vive lors de son premier contact avec la jungle de Pandora. Il se retrouve rapidement en situation périlleuse à cause de sa perception trop limitée de ce qui l’entoure. Même son courage à toute épreuve n’est pas suffisant pour assurer sa survie dans ce monde inconnu car son manque de sagesse le met constamment en danger.
C’est la rencontre avec la belle guerrière, Neytiri et le peuple des Na’ vis qui va progressivement le pousser à vivre une profonde transformation. Grâce à un entraînement intensif sous la guidance de Neytiri, il apprend à connaître la nature et en respecter la sagesse. S’ouvrant ainsi à sa propre dimension féminine intérieure, il devient plus réceptif et accueillant. On le voit transmuer sa méfiance du début en confiance, son hypocrisie en sincérité et son orgueil en humilité et révérence. Il trouve alors un nouvel équilibre entre force et souplesse ce qui permet l’émergence d’une plus grande puissance chez lui. Il saura ensuite la mettre au service d’un but fraternel.
L’évolution vécue par Jake nous a profondément touchés. Même s’il est très courageux dès le départ, il est immature et soumis aux ordres du Colonel Quaritch, (un exemple parfait de la brute épaisse !) « Tu as un cœur fort mais tu es un bébé, tu es ignorant. » lui dit d’ailleurs Neytri lors de leur première rencontre. Mais grâce à sa soif de vivre, sa sensibilité et son émerveillement se réveillent au contact de la jeune indigène et de la nature pleine de vie. Progressivement, sa force d’ancien marine s’associe à la sagesse des Na ‘vis. Il arrive ainsi, à unir en lui le meilleur des deux mondes.
Ce fut un pur bonheur pour nous d’assister à la formidable métamorphose de ce personnage (le mot avatar signifie métamorphose, transformation) qui se transcende et se révèle au service d’un but qui le dépasse. Il devient un véritable héros au sens noble du terme. Il saura s’engager totalement dans un combat final pour sauver la planète Pandora menacée par l’avidité des américains.
Par ailleurs, Avatar n’est pas simplement la rencontre de deux mondes mais aussi celle de deux êtres. La jeune guerrière, touchée par le courage et la transformation de Jake, va accepter sa différence et s’ouvrir à lui. Ils vont choisir librement de s’engager l’un envers l’autre. Nous avons beaucoup aimé la relation amoureuse naissant entre Jake et Neytiri. On sent qu’ils n’attendent rien l’un de l’autre. Ils ne cherchent qu’à donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils sont devenus des êtres plus complets, moins dépendants et plus responsables, chacun d’entre eux sachant associer ses propres parts masculines et féminines. Leur complémentarité leur apportera une force supplémentaire qui les aidera à faire face ensemble au grand défi auquel ils seront confrontés.
A travers ce film, James Cameron nous met face à l’urgence de transformer notre sens des valeurs. Il stigmatise les conséquences du matérialisme à outrance et nous incite à devenir plus moraux en faisant preuve notamment de fraternité, de respect de la nature et de la vie.
L’histoire de Jake Sully et des Na’vis montre à quel point on peut s’entraider et s’enrichir les uns les autres lorsqu’on accepte les différences… Ce film nous a amenés nous à poser les questions suivantes : « Dans quelles situations ai-je tendance à être trop « en force ? » « Que puis-je faire pour être plus ouvert aux autres ? » « Est-ce que je me donne vraiment les moyens d’atteindre les buts qui me tiennent à cœur ? »
Véronique Agranier et John Elstob