Accueil du site Magazine Sports André Agassi, un modèle de Persévérance

« La haine me fait tomber à genou, l’amour me remet sur pied »

On connait tous André Agassi, souvent classé n°1 mondial au tennis et qui est le seul tennisman à avoir remporté les 7 titres les plus importants : la coupe Davis, une médaille d’or olympique, les 4 grand Chelems et le tournoi des Masters.
Mais faut-il seulement retenir ses exploits de tennisman ? Et bien pas du tout… En ayant lu son autobiographie « Open », j’ai découvert un André Agassi incroyablement sincère, qui s’est cherché, qui a dépassé sa haine secrète pour le tennis, et qui a finalement découvert la paix dans le fait de jouer pour les autres, pour une noble cause. 


 

L’enfance d’André Agassi

Depuis tout petit, André Agassi ne voulait pas du tennis car c’était un but qu’il n’avait pas choisi. Si par hasard il arrivait à acquérir les qualités que son père tentait de lui imposer (la persévérance notamment) alors il les mettrait au service d’autre chose que le tennis. Son père a appliqué sur lui et sur toute sa famille un entrainement tennistique drastique et militaire. Il percevait son père comme le lanceur de balle au fond du jardin, c'est-à-dire comme un cracheur de feu, un dragon.
 

Bien qu’André déteste le tennis, il aime le sentiment de frapper une balle de manière absolument parfaite. De même, bien qu’il soit atteint d’une maladie des vertèbres et qu’il lutte contre la souffrance physique à chaque match, la souffrance de perdre est bien pire pour lui.
 

A 9 ans, son père organisait des matchs avec de l’argent en jeu contre des adultes. 10000 dollars pour un match, la somme des économies de toute la famille. A cet âge, il sent déjà le poids de la responsabilité dans sa poitrine. Il est fier, mais il est à la fois effrayé.

A 10 ans, il fait un serment avec son meilleur ami : « quand nous serons riches, nous jurons que nous ferons tout notre possible pour aider le monde »


 

La quête d’un idéal

Il découvre une vérité sur son jeu : « Je ne joue jamais si mal que contre un adversaire moins bon que moi. Je me mets à son niveau de jeu tout en l’ajustant à celui de mon adversaire. C’est comme si j’essayais d’inspirer et d’expirer en même temps. Face à de bons joueurs, j’améliore mon jeu pour relever le défi ». Cette compréhension explique pourquoi au début de sa carrière les résultats de ses performances ressembleront à du yoyo. Il gagne ou perd en fonction de son adversaire… 
 

Puis il fait la rencontre de Gil son préparateur physique qui va créer en lui une première brèche : avec lui il prend conscience qu’il ne joue pas seul, qu’il ne joue pas pour lui-même. Cela le transforme sur le terrain et il trouve une nouvelle motivation. « Jouer pour plus grand que moi. » se dit-il.
En 1992, à la coupe Davis, il joue pour une équipe et il remporte tous ses matchs alors que parallèlement ses résultats individuels sont très médiocres.
 

Mais à force de courage, il parvient à devenir numéro 1 mondial : « J’y suis enfin arrivé, je suis premier mondial, et malgré cela je sens un vide. Si être à la première place inspire un tel sentiment d’insatisfaction, quel intérêt ? »
Il se rend compte une nouvelle fois que le fait d’avoir un petit objectif extérieur, tel que devenir numéro 1 mondial, ne le comble pas. Une deuxième brèche va de nouveau se faire en lui alors qu’il offre de l’argent pour l’éducation des enfants d’un très bon ami. Voici ce qu’il ressent : « Je suis complètement stupéfait en constatant l’expression de son visage. Je n’avais pas bien saisi la signification et la valeur de l’éducation, les privations et les angoisses que cela peut représenter pour des parents et leurs enfants. Je n’avais jamais pensé à l’éducation en ces termes. Pour moi, l’école a toujours été un endroit dont j’avais réussi à m’échapper, pas quelque chose à chérir. En offrant de l’argent pour les études futures de ses enfants, je pensais simplement aider Frankie. Mais quand j’ai compris ce que ça signifiait pour lui, c’est moi qui en ai tiré quelque chose. Aider Frankie me procure plus de satisfaction, me fait sentir plus solidaire, plus vivant, plus moi-même que tout ce que le tennis a pu apporter. Je me dis : souviens-t’en. Accroche-toi à ça. C’est la seule perfection qui existe, celle d’aider les autres. Le seul acte qui ait une valeur durable, une signification. C’est pour ça qu’on est ici. »



Le choix de jouer pour son Idéal

En 1997 il établit les bases de sa fondation pour les enfants en difficulté et commence la construction d’une école privée. Dans cet engagement, il a tenu sa promesse d’enfant. Il s’investit à fond dans l’éducation et il exploite sa notoriété pour financer l’école. « Enfin elle a un sens ! Enfin je sais pourquoi je joue au tennis » se dit-il…

En 1998 au tournoi de Key Biscayne il ressent que la défaite est impossible : « en m’échauffant pour mon premier tour, je me dis que je veux vraiment remporter le tournoi, et je comprends précisément pourquoi. Cela n’a rien à voir avec mon retour sur le devant de la scène. Il s’agit de mon équipe. Ma nouvelle équipe, ma vraie équipe. Je joue pour lever des fonds et donner de la visibilité à mon école. Après toutes ces années, j’ai enfin atteint ce à quoi j’aspirais : pouvoir jouer au nom de quelque chose qui me dépasse, et qui pourtant m’est lié. Quelque chose qui porte mon nom mais qui n’a rien à voir avec moi. L’André Agassi College Preparatory Academy. »
 

L’ironie du sort, c’est que sans s’en rendre compte, les 2 architectes ont dessiné les plans de l’école privée et construit la maquette sur une table de ping-pong dans le sous sol d’un deux…Drôle de coïncidence… Et lorsque l’école primaire fut construite, il y fut installé d’immenses photos de Martin Luther King, Gandhi et Nelson Mandela avec leurs paroles peintes, trois modèles pour André Agassi qui avaient idéal d’aider leur prochain.
 

A la fin de sa carrière il dit aux journalistes qu’il lui en reste sous le coude. « S’ils sont interloqués, c’est peut-être parce que je ne leur raconte pas toute l’histoire, je ne leur expose pas ce qui me motive. Je ne peux pas, parce que je suis moi-même en train de le comprendre progressivement. Je joue, et je continue de jouer, parce que je choisis de le faire. Même si ce n’est pas notre vie rêvée, on peut au moins la choisir. Peu importe ce qu’est notre vie, c’est le fait de l’avoir choisie qui change tout. »
 

Contrairement à d’autres sportifs qui vivent sur leurs lauriers, André Agassi continue, avec ses qualités de sportif et de leader, son véritable sport : apporter de l’espérance à autrui !
 

J’aimerai terminer cet article particulier par une citation de ce grand champion :
« On peut souffrir sa pire défaite sur le court qui verra notre plus grand triomphe… »
 

Et vous, pour quel but vous battez-vous ?...

 

William Graverand